Mort à Papa Noël

Élisabeth Henry

18 octobre 2008

Il était un peu plus de deux heures du matin lorsque l’alarme reliée aux détecteurs de mouvements situés sur le toit de la maison se mit à sonner et réveilla Stéphanie.

Elle s’était endormie un peu plus tôt, lassée d’attendre devant des programmes télévisés à mourir d’ennui. Elle râla un peu alors qu’elle se levait : de son temps, il lui semblait que le père Noël se pointait à minuit, pas deux heures après.

Enfin, peu importait. La fête allait pouvoir commencer.

*****

Noël descendit lentement par la cheminée. Il trouvait toujours cette coutume un peu ridicule, étant donné que passer par la porte était tout de même beaucoup plus simple, mais c’était la tradition, et on n’y dérogeait pas. Sauf quand il n’y avait pas de cheminée, évidemment.

Lorsqu’il émergea dans le salon, quelque peu sali par la suie, il ne vit que la guirlande lumineuse qui clignotait sur le sapin. En dehors de ça, la pièce était plongée dans l’obscurité.

Le père Noël s’approcha lentement et laissa tomber sa hotte au sol. Il sortit un papier de sa poche et regarda ce qui avait été demandé pour cette habitation.

Il fronça les sourcils. La lettre était quelque peu étrange.

Petit papa Noël

Depuis que je suis gosse, tu m’as toujours refilé des cadeaux moisis. Vraiment.

Les poupées, ça allait encore. Dans le fond, je les ai toujours détestées, avec leur côté parfait, mais je pouvais m’amuser avec ça. Avec un peu de ficelle, je simulais des exécutions. Je pouvais leur tondre les cheveux, pour qu’elles soient un peu moins parfaites. Et mon jeu préféré, c’était de les démembrer.

Seulement, après ça, ça s’est pas arrangé, au contraire. La dînette, c’était vite chiant, mais ça passait. Mais les jouets aspirateurs, du genre « apprends à faire le ménage pour ton futur mari » ? Le fer à repasser ? Les livres de cuisine ?

Pendant ce temps, mon frangin, lui, il avait tout ce qui était cool. Les costumes de militaires, les faux pistolet, et tout ça, auquel je n’ai jamais eu droit.

Maintenant, j’ai de quoi m’acheter ce dont j’ai envie, alors je ne vais pas te demander de cadeau matériel. Mais laisse-moi te prévenir, petit papa Noël, que quand tu descendras du ciel, tu vas devoir payer. De ta personne.

Stéphanie.

Noël entendit un petit bruit derrière lui, et se retourna. Il aperçut une jeune femme à l’apparence masculine qui était en train d’allumer une cigarette et en conclut que le briquet devait être à l’origine du son qu’il avait entendu.

Elle avait le crâne rasé, à l’exception d’une petite crête au milieu, et portait un débardeur blanc, un pantalon en treillis et des rangers.

« Tu dois être... commença Noël en regardant la liste qu’il avait à la main. Euh... Stéphanie ?

— Appelle-moi Stef. »

Puis elle attrapa un pistolet électrique dissimulé à l’arrière de son pantalon et lui envoya une décharge de 20000 volts dans le ventre.

*****

Lorsqu’il reprit connaissance, le père Noël était menotté, les deux poignets attachés derrière lui à un radiateur.

À vrai dire, il ne s’était pas vraiment évanoui ; il était resté conscient, mais incapable du moindre mouvement. Stef l’avait déplacé sans grande difficulté, et Noël devait admetre qu’il était impressionné, parce qu’il savait qu’il n’était pas exactement léger.

« Vous faites quoi ? demanda-t-il d’une voix pâteuse.

— Ça ne se voit pas ? » répliqua la jeune femme.

L’homme aux vêtements rouges se retourna et vit qu’elle avait baissé son pantalon et un short boxer, dévoilant un gode-ceinture attaché par un harnais autour de sa taille.

« Vous comptez me violer ? » demande le père Noël, quelque peu incrédule. Ce n’était pas l’accueil qu’il recevait habituellement.

« Tu vois, fit Stef en jouant avec son pénis, tu m’aurais offert ça plutôt que la robe de princesse, je ne serais pas obligée d’en arriver là. »

Noël baissa les yeux sur l’engin et esquissa un sourire.

« Au moins, il est rose. Ça reste un jouet de fille.

— Ouais. Allez, écarte les jambes.

— Vous savez, fit-t-il en obéissant, en fait, ça pourrait me plaire.

— T’espères que dire ça, ça va m’arrêter ? » demanda Stef en lui retirant la ceinture.

Si proche de lui, elle réalisa que le père Noël n’était pas exactement comme elle s’y était attendue. Il était bien barbu avec des poils et des cheveux blancs, mais elle pensait qu’il aurait été plus... touffu. Et plus large, peut-être aussi.

Quoiqu’il en soit, elle lui retira ses bottes, puis son pantalon rouge. Elle vit alors qu’il portait en dessous un slip Kangourou quelque peu ringard.

« Vous savez, fit le père Noël, je n’avais pas le choix, pour les cadeaux.

— On a toujours le choix.

— Je ne suis qu’une personnalisation anthropomorphique. Je fais ce qu’on attend de moi. »

Stef lui retira le slip ringard et fronça les sourcils.

« Hum, fit-elle. Ça, je ne m’y attendais pas.

— Ben, expliqua le père Noël, avant, j’étais une personnalisation anthropomorphique différente.

— J’imagine », admit la jeune femme en regardant le vagin de l’homme aux vêtements rouges.

Puis elle haussa les épaules, manifestement pas vraiment choquée, et regarda Noël dans les yeux, souriant légèrement.

« Hum, commença-t-elle, je sais que vous autres vous appréciez pas vraiment quand on vous demande votre nom d’avant, mais, juste par curiosité, t’étais quel machin anthropotruc, exactement ?

— La Mort », répondit le père Noël.

Stef dévisagea le bonhomme sans parvenir à masquer son incrédulité.

« La Mort ? Tu te fous de ma gueule ?

— Non.

— T’as pris un peu de bide, alors. »

Noël esquissa un sourire.

« On peut dire ça.

— Sérieux, je pige pas. Les gens meurent toujours, pourtant. T’as été remplacé ? »

Le père Noël essaya de hausser les épaules, mais n’y parvint que moyennement à cause de ses menottes qui le bloquaient un peu.

« Les gens n’ont pas besoin de la Mort pour mourir. C’est juste un symbole. »

Il se lança ensuite dans une explication plus détaillée de ce qu’était une personnalité anthropomorphique, mais Stef n’écoutait pas, peu intéressée par ce genre de détails et manifestement plus motivée pour terminer de retirer son pantalon. Ce qui n’était pas évident, étant donné qu’elle essayait de le faire passer au-dessus des rangers, ayant la paresse de les retirer.

« Bon, c’est pas tout ça », coupa-t-elle lorsqu’elle eut réussi à se déshabiller, « mais, sans vouloir te vexer, je vais chercher de quoi se protéger. Même si t’es plus la Mort, je préfère ne pas prendre de risques. »

*****

Stef s’absenta quelques instants et revint avec un sachet plein d’accessoires en latex destinés à rendre les rapports sexuels plus sûrs.

Elle enfila un gant avec un geste et un sourire rappelant un chirurgien psychopathe. Ensuite, elle approcha sa main du vagin du père Noël.

« C’est pas vraiment comme ça que je m’imaginais la scène », admit-elle en commençant à lui caresser le clitoris.

Celui-ci avait une taille importante et, lorsqu’il prit du volume sous l’effet de la caresse de ses doigts gantés, il se mit à ressembler fortement à un petit pénis.

« Tu sais quoi ? » demanda Stef alors qu’elle faisait s’aventurer son index à l’intérieur du père Noël, le pouce continuant à lui stimuler le clitopénis. « J’ai encore jamais fait de fellation de ma vie.

— Vraiment ? demanda l’homme au costume rouge, entre deux gémissements.

— Enfin, sauf à du silicone, mais c’est quand même pas pareil. »

Elle fouilla dans son sachet et attrapa une digue dentaire. Elle déposa le carré en latex sur l’entrejambe de Noël et entreprit de lui sucer le dickclit à travers la protection.

Il gémit. C’était, pour lui aussi, une première. Il n’avait pas eu de relation sexuelle depuis qu’il avait changé. C’était sans doute principalement dû au fait qu’il côtoyait surtout les lutins de l’usine à jouets, et leur petite taille ainsi que leur allure enfantine le rebutaient un peu.

Et il n’était encore jamais tombé sur quelqu’un comme Stef, il devait le reconnaître.

Sa respiration s’accéléra progressivement alors que la jeune femme alternait entre mouvements de va-et-vients, succions, et mordillements contrôlés.

Mais ce qui acheva finalement le père Noël, ce fut lorsqu’elle fit passer délicatement un doigt dans sa cheminée.

Alors qu’il redescendait lentement du septième ciel, Stef attrapa la digue dentaire et la jeta à la corbeille, puis elle retira son gode-ceinture.

« Tu sais, fit le père Noël avec un petit sourire, ce n’est pas parce que je suis un mec que tu ne peux pas te servir de ça.

— Oh, je sais bien, répliqua Stef. Mais je me disais que j’allais plutôt me servir de ça. »

Elle brandit alors un autre gode-ceinture qui, par rapport au précédent, était moins rose et plus pourvu en phallus, puisqu’il y en avait un du côté intérieur, afin que la personne qui le portât prenne du plaisir aussi, et deux du côté extérieur, parce que deux, c’était deux fois mieux.

Stef, qui aimait donner des noms à ses pénis, l’avait baptisé « Terminator ».

« Oh, mon Dieu, lâcha le père Noël en grimaçant. « Ça », ça ne sort pas de l’usine à jouets. »

*****

Avec le bonnet rouge à pompon blanc sur la tête, le manteau avec le même jeu de couleur, la hotte à cadeaux dans le dos, et un pantalon en treillis qui jurait un peu avec le reste, Stef sauta dans le traîneau, bientôt suivie par le père Noël, dont les menottes avaient été remplacées par un collier en cuir doté d’une boucle, afin de permettre éventuellement d’y accrocher une laisse.

Alors que les rennes s’ébranlaient, Stef alluma une cigarette et arbora un sourire larrge. Quelque chose lui disait que, cette année, les cadeaux seraient vachement plus cools que d’habitude.